Le Viêt Nam

Le pays des Viêt du sud

Sơn Tinh et Thủy Tinh
Génie des Montagnes et Génie des Fleuves

La légende raconte que le dernier roi de la 18ème dynastie Hùng, qui régnèrent sous le nom de Hùng Duệ Vương, a eu deux filles. La première, Tiên Dung, était rebelle et aventurière, elle refusait le mariage. Sa sœur, Ngọc Hoa, était douce et d’une extraordinaire beauté, elle était aussi appelée Mỵ Nương, titre utilisé à l‘époque des Rois Hùng qui pouvait signifier « Fille de Roi ». Quand elle arriva à l’âge de se marier, le roi annonça dans tout le pays qu’il cherchait parmi les hommes de talent et d’honneur celui à qui il donnerait sa fille en mariage.

Le premier à se présenter fut un roi de l’occident. Il arriva avec du bétel argent et des noix d’arec en or pour demander la main de la princesse. Loin d’être aveuglé par toutes ces richesses, le roi consulta ses généraux. Leur avis était unanime, le roi d’occident était cruel, vieux et d’un physique peu avantageux, il ne correspondait en aucun point à l’époux que méritait la princesse Mỵ Nương. Le roi suivit les conseils de ses généraux et refusa l’offre du roi d’occident. De nombreux autres prétendants suivirent, venant des quatre coins du pays, tous plus riches et talentueux les uns que les autres, mais aucun ne reçut la faveur du roi et de ses généraux.

Puis un jour, 2 jeunes hommes arrivèrent en même temps pour demander la main de Mỵ Nương. Ils se montrèrent extrêmement talentueux, leur beauté éclipsa celle de chacun des autres prétendants. L’un était Sơn Tinh, génie des montagnes de Tản Viên et Ba Vì, le second était Thủy Tinh, génie des eaux, des fleuves et des rivières.

Le roi sut que l’un de ces deux prétendants deviendrait l’époux de sa fille Mỵ Nương, mais il ne pouvait faire de choix. Il leur demanda de lui montrer ce dont ils étaient capables.

Son Tinh et Thuy Tinh se présente au roi

Sơn Tinh montra du doigt, et une montagne apparut, une forêt poussa, qui se remplie d’une faune extraordinaire qui vint se prosterner devant le roi, puis il tapa le sol de son talon, la terre trembla et tout disparu dans les entrailles de la terre qui vomissait des torrents de lave puis dans un claquement de doigt tout disparut et le paysage habituel repris sa place.

Thủy Tinh ne voulut pas rester en reste, il leva les bras et une tempête phénoménale s’abattit, il ouvrit les bras et les eaux recouvrir les terres, les animaux marins les plus extraordinaires apparurent et se prosternèrent à leur tour devant le roi puis d’un claquement de main les eaux se retirèrent laissant une végétation luxuriante et les terres nourries des meilleurs limons.

Devant de telles démonstrations de puissance le roi ne pouvait prendre de décision sans craindre le courroux du prétendant refusé. Le roi décida d’accorder la main de sa fille à celui qui lui rapporterait les plus belles richesses.

Sơn Tinh qui commandait à la terre et aux animaux qui la peuplait fit surgir des profondeurs de la terre des montagnes de pierres précieuses, des diamants gros comme le poing, des rubis rouges comme des larmes de sang, et des saphirs d’un bleu à faire pâlir un ciel d’été. Il fit surgir des forêts profondes ou il cueillit des fruits plus sucrés que le miel. Puis il convoqua les animaux des montagnes sur lesquels il régnait sans partage et le soir même, un cortège d’éléphants et de tigres blancs alla porter ses merveilles à la princesse.

Thủy Tinh plongea lui-même au plus profond des océans pour y chercher les trésors dignes de sa puissance, cueillir des coraux vermeils, des étoiles de mer scintillantes comme mille soleils et des perles grosses comme des œufs d’hirondelles. Mais avant de se rendre au château, il s’accorda une nuit de repos, car au contraire de Sơn Tinh qui s’était fait déposer à ses pieds tous ses trésors, Thủy Tinh les avait collectés lui-même, et ce dur labeur l’avait fatigué. Mais quand il se présenta au château le lendemain dès l’aube, la princesse était déjà partie dans les montagnes avec Sơn Tinh sur le dos d’un éléphant.

Thủy Tinh, tombé éperdument amoureux de la princesse était confus et furieux, noyé dans sa peine il s’élança à la poursuite de Sơn Tinh et Mỵ Nương. Il fit monter le niveau des eaux afin de noyer Sơn Tinh mais ce dernier fit pousser les montagnes encore plus haut. Thủy Tinh fit alors appel aux vents, aux tempêtes et à la foudre pour abattre les montagnes et les forêts, il recouru aux troupes marines et se lança à l’assaut des montagnes. Sơn Tinh , avec des filets de fer, coupa la route des renforts, roula des rochers pour écraser les monstres marins qui flottèrent à la dérive. Mais tous ses efforts furent vains. Après trois jours et trois nuits de combats acharnés qui ébranla ciel et terre, Thủy Tinh, épuisé et battu chaque jour davantage, rendit les armes et abandonna le combat pour se réfugier au sein de l’océan. Sơn Tinh et Mỵ Nương vécurent heureux à partir de ce moment-là.

Pour assurer sa tranquillité, Sơn Tinh éleva deux hautes montagnes au plus près des demeures des dieux. Plus tard le peuple les appellera la montagne du Monsieur et la montagne de la Dame au pied desquelles un temple fut bâti, dédié à Sơn Tinh et Mỵ Nương.

Depuis lors, chaque année à la même époque, Thủy Tinh se souvient de sa défaite et de son amour perdu. Alors il entre dans une phase de colère et de tristesse et inonde à nouveau les terres et écrase d’un vent puissant les montagnes où les combats ont eu lieu. C’est la période de la mousson.

Tous les ans, vers le mois de juillet ou août, les habitants vivant au pied de cette montagne ont l’habitude de subir le vent puissant et violent et la grande inondation provoquant ainsi des dégâts importants au niveau des récoltes. C’est pourquoi on a l’habitude d’attribuer à cet évènement la compétition entre le génie des montagnes et celui des fleuves pour avoir My Nương.

L’académicien vietnamien Nguyễn Sĩ Cố de la dynastie des Trần, a laissé un poème suivant lors de son passage :

Sơn tự thiên cao thần tối linh
Tâm huynh tài khấu dĩ văn thanh
Mỵ Nương diệc hữu hiển linh trứ
Thả vị thư sinh bảo thử hành.

Le génie sacré se trouve dans cette montagne aussi élevée que le ciel.
On entend le bruit venant frapper la porte de son cœur
Si Mị Nương existe, son don miraculeux se révèlera
Et protègera le voyage du jeune lettré.

Nguyễn Sĩ Cố